Hôtel Bohême

Rendez-vous de créateur - Paris

3 à 4 fois par an Hôtel Bohême réunit une sélection pointue de créateurs dans un lieu d’exception situé dans le 11e arrondissement de Paris.

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Portrait – Les Curiosités d’Elixir

--3 décembre 2015--

Aujourd’hui nous partons au soleil et au bord de la mer. Ca ne nous fera pas de mal, tiens !
Direction Marseille où, cet été, nous sommes allées à la rencontre d’Emmanuelle, créatrice de la marque Les Curiosités d’Elixir. Dans son atelier situé dans le quartier Vauban (6ème arrondissement), Emma dessine, conçoit, assemble des bijoux haute fantaisie dorés à l’or fin et émaillés. Elle y a pour voisine de travail Lolita Picco mais aussi Bertrand Guillon architecte, Marion François graphiste et Margaux Keller designeuse d’objet.

Rencontre.

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Emma, bonjour et merci de nous accueillir. Comme nous l’expliquions en introduction nous sommes ici à Marseille. Est-ce ta ville d’origine ? Non, parce que ton accent n’est vraiment pas prononcé, si nous pouvons nous permettre 😉
Emmanuelle : Bonjour les filles et merci à vous pour ce portrait je suis pas peux peu fière 😉 Hey non je suis Marseillaise d’adoption, mais je ne viens pas de loin, je suis née et j’ai grandi non loin de là à Toulon, à une soixantaine de km de Marseille. J’ai atterri à Marseille pour suivre mes études d’arts appliqués. Mais c’est vrai je n’ai jamais pris l’accent, par contre quelques expressions bien fleuries font souvent partie de mon vocabulaire 😉 j’avoue !

Pour commencer les questions sur ton travail, peux-tu nous expliquer ton parcours jusqu’à la création de ta marque ? Comment t’es venue cette idée,  etc.
Emmanuelle : Alors mon parcours… à l’école ça a toujours été un peu chaotique, j’avais la bougeotte, rester assise et écouter des cours c’était compliqué. Très tôt j’ai su que je ferai des études professionnelles. Après un passage très peu concluant en seconde arts plastiques, j’ai bifurqué sur une CAP peintre en lettres (c’est un métier ancien ou l’on dessinait les enseignes de boutiques et où l’on apprenait à faire tous les décors : trompe l’œil, faux bois, faux marbre…). Tu l’as bien compris les études sont supers mais c’est difficile avec cette formation de trouver un travail. Mais l’apprentissage commençait bien, j’apprenais une certaine rigueur dans la préparation des supports, le calcul de l’espacement des lettres (oui parce que maintenant l’ordi le fait pour nous, mais à l’époque on calculait tout ;)). Et je me réconciliais petit à petit avec l’école. J’ai donc continué mes études, avec un bac professionnel communication graphique à Marseille (hou hou je déménage j’ai 17 ans c’est trop cool ! :)) puis un BTS et une Licence. Pendant mes études je bricole pas mal,  je commence avec de la pâte FIMO (si si tu as bien lu, seuls les vrais comprendront ;)).

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*Ici le tout premier bijou en pâte FIMO réalisé par Emmanuelle.

Mon produit phare : la broche caca très réaliste pour l’époque (avec la petite mouche et tout et tout). Puis je me mets à acheter des pampilles et apprêts sur internet, je commence à faire quelques salons mais ça m’énerve on a toutes les mêmes, et j’ai des cahiers remplies de dessin… À ma sortie d’études j’avais comme projet de partir en voyage, avant d’être une grande 😉 je travaille donc un an comme maquettiste dans une agence de presse pour me faire une cagnotte. Je finis de me fâcher avec le monde de l’entreprise et du salariat… puis mon PVT en poche (Plan Vacances Travail : c’est un permis qui te permet de vivre et travailler à l’étranger en toute légalité) me voilà partie au Canada. Partie avec ma meilleur amie et coloc de l’époque (coucou Lolo :)), je fais des p’tits boulots pour vivre là-bas mais surtout pour pouvoir voyager et découvrir le pays. Je travaille donc tout mon été au marché Jean Talon ou je vends des fruits et légumes, là c’est vraiment cool je bosse 3 ou 4 jours semaines, j’ai une trop chouette patronne de 20 ans (coucou Judith :)) (à retenir pour plus tard pour la création de mon entreprise), ça me permets de gagner ma vie et de bouger en même temps.

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*Crédit photo : Emmanuelle Saghaar.

Puis en voyant Judith (après ma dernière expérience déplorable dans le monde du salariat) je réalise que quand on veut on peut, même si des fois c’est dur, et que surtout Patron ne rime pas toujours avec gros C** ! Bref, la saison d’été se finit, le marché aussi, il faut trouver un nouveau boulot, et là je tombe sur une annonce : une créatrice canadienne recherche des monteuses. Je postule, ma foi, je sais me servir des pinces, je « bricole » des bijoux mais je n’ai aucune formation technique ! Mais au Canada tout est possible quand on a envie de bosser ! Je commence donc comme monteuse, puis rapidement une place se libère à la réparation, j’ai envie d’essayer même si je ne sais pas trop faire ! Trop chouette j’ai le poste ! 🙂 Et là on prend le temps de m’apprendre … soudure, nettoyage, remontage,… les tâches restent assez basiques mais j’apprends les bases de la bijouterie et ça, ça me plaît vraiment 🙂 Mon PVT finit, je rentre en France, et là c’est la grosse claque. Dans le Sud après avoir envoyé 300 CV comme graphiste, impossible de retrouver du boulot à part quelques petites missions, et intérieurement ça bouillonne. J’aime le boulot de graphiste mais je ne peux pas me résoudre à un job ou je détoure des pains au chocolat pour le catalogue Super U et où je reste assise derrière un ordi. En partant pour le Canada j’avais cotisé pour le chômage et je n’y avais pas touché, il me restait donc un peu de sous. Je me suis dit : « bon prends ton courage à 2 mains c’est maintenant ou jamais ! » … Je suis rentrée en couveuse d’entreprise et Les Curiosités d’Elixir devenait mon bébé, ma petite entreprise 🙂

Ah oui, en effet, ça c’est du parcours ! 😉 Et si tu n’avais pas fait ce métier-là, tu aurais fait quoi ?Emmanuelle : Je ne sais pas car j’aime vraiment ce que je fais. Mais quelque chose de manuel c’est sûr, ou en rapport avec les fleurs et les plantes comestibles, j’adore… Qui sait peut-être plus tard… 😉

Peux-tu présenter en quelques mots ta marque à ceux qui ne la connaissent pas ?
Emmanuelle :
Alors, ma marque, les Curiosités d’Elixir, ce sont des bijoux découpés dans le laiton à partir de mes dessins, dorés à l’or fin et émaillés.
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Le nom de ta marque, Les Curiosités d’Elixir, tu peux nous dire d’où ça vient ?
Emmanuelle : Mon nom de marque je l’ai choisi il y a super longtemps au moment où je commençais à bricoler à 17 ans (je vais en avoir 32 oO). À la base ça s’appelait le Cabinet des Curiosités d’Elixir, car j’aimais bien (et j’aime toujours) l’idée de petits trésors, de mélange d’objets de matières. Je l’ai raccourci en entrant dans la couveuse car c’est assez long à retenir ! Pas sûre que si je créais ma marque maintenant je l’appellerais ainsi, mais bon j’ai pas le courage d’en changer ! 😉

Est-ce que les Curiosités d’Elixir est ton activité principale ?
Emmanuelle :
Oui j’ai cette chance de pouvoir en vivre et de ne faire que ça, et je me demande comment je ferais avec autre un job à coté, car je ne compte pas mes heures.

Ça ressemble à quoi une journée de travail chez Les Curiosités d’Elixir ?
Emmanuelle : Alors une journée type, ne commence pas trop tôt j’avoue. 8H30 : le réveil. J’ai pas d’ordi à l’atelier et j’essaie de ne pas emmener le portable pour ne pas être tentée de trop « procrastiner » 😉 Du coup je fais tout l’administratif (beurk !), les mails le matin. Vers 11h/11h30 je descends à l’atelier (à 5 mins à pieds de la maison, ça c’est un sacré luxe !) et je fais une journée continue jusqu’à 19H voir 20h quand il y a beaucoup de boulot.
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Et une journée sans travail ?
Emmanuelle : Ahhhh la journée sans travail, ça c’est la vie 🙂 J’adore mon boulot et je suis consciente de la chance que j’ai, mais la vie m’a appris à lever un peu le pied et à moins bosser, d’où le fait d’avoir pris un atelier pour séparer vie professionnelle et perso, par exemple ! Du coup ça va être pas mal de ballades en dehors ou dans Marseille. J’ai la chance de vivre dans une super région, on a la mer mais aussi, la campagne et la montagne vraiment pas loin, du coup difficile de s’ennuyer ! Puis mon p’tit plaisir le samedi matin, le Yoga à la plage (qui aurait cru que j’en ferais un jour, ahahaha ! :)) Même en hiver c’est vraiment chouette. Je monte aussi avec plaisir une fois tous les 2 mois à Paris, pour voir mes fournisseurs et je reste souvent un peu pour faire des expos et me balader. J’adore venir mais j’aime aussi redescendre. La vie Parisienne est trop intense pour moi. Puis quand j’ai assez d’économie, je pars en voyage 🙂

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*Photo N°1 : *Suède –  Photo N°2 :  Formontera. – Photo N°3 : Porto – Photo N°4 : Thaïlande
Crédit photo : Emmanuelle Saghaar.

Pour en revenir à ton travail, peux-tu nous expliquer les différentes étapes par lesquelles tu passes, en partant de l’idée que tu as pour un bijou jusqu’à sa commercialisation ?
Emmanuelle : Alors en général tout part d’un dessin. J’en ai des cahiers pleins, en tout genre ! J’essaie de travailler par collection en lui donnant un thème. Par exemple l’été dernier c’était les fleurs. Sinon ça part vraiment dans tous les sens et la découpe me coûte une blinde car j’ai trop de modèles !
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Je redessine tous mes crayonnés sous Illustrator, puis je les envoie à une entreprise qui les découpe. Les pièces en laiton brut arrivent à l’atelier, je les envoie chez le doreur, puis c’est l’étape de l’émaillage. Je pourrais sous-traiter cette étape mais je n’y arrive pas ! Les couleurs c’est trop important pour moi et comme je fais souvent mes mélanges je préfère tout faire 🙂 Puis c’est l’assemblage des différentes pièces pour faire le bijou final.
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Comment fais-tu pour vendre tes créations et ainsi pouvoir en vivre?
Emmanuelle : Je travaille de plusieurs façons : en vente directe, sur les salons comme Hôtel Bohême, sur Etsy où il y a ma boutique en ligne, avec les boutiques, puis l’été je fais encore quelques jours de saison le soir au bord de mer dans le village de Cassis.

Est-ce que tu as un petit rituel, des petites manies de travail ?
Emmanuelle : Quand je suis toute seule à l’atelier j’écoute la radio (France Inter ou France Culture) ça me permet de rester un peu au courant de l’actualité, de ce qui se passe parce que je ne suis pas trop télé. Si Lolita (Picco) est là, c’est elle qui est « aux platines »  alors on écoute beaucoup de Soul, de funk… J’aime bien, je découvre plein de choses, mais j’avoue on écoute aussi avec plaisir Beyonce et Michael Jackson 😉 Bref toujours en musique.

As-tu une petite exclu ou des nouveautés à nous annoncer ?
Emmanuelle : Je peux vous annoncer le thème de la collection été … ça sera la mer 🙂 Puis en janvier Maison et Objet, pour la première fois !

Comment envisages-tu la suite pour ta marque ?
Emmanuelle : Qu’elle continue doucement son petit bonhomme de chemin. Je suis contente du chemin déjà parcouru. Je continuerai tant que je prendrai plaisir à travailler, le jour où je trainerai les pieds en y allant ça voudra dire qu’il faudra que je passe à autre chose ! C’est un grand luxe que l’on a quand on a créé son emploi et ça il ne faut jamais l’oublier.

Tu viens à HB depuis mars 2014 en exclusivité parisienne. Pourquoi avoir choisi Hôtel Bohême ? Est-ce que ta participation à notre évènement a changé quelque chose dans l’évolution de ta marque ? Qu’est-ce que ça t’as apporté et qu’est-ce qui en ressort pour toi ?
Emmanuelle : Avant de participer en tant qu’exposante j’avais envoyé ma grande sœur, habitant à Paris, en éclaireur (coucou Anne :)), car je fabrique mais je consomme aussi beaucoup « créateurs ». Elle était venue lors d’une édition de Noël et était vraiment revenue enchantée me parlant de la scéno vraiment chouette et de la sélection  pointue. Ma sœur suit mon travail depuis le début et vient souvent me voir sur les expos, et là, avec son regard extérieur (qui est souvent très précieux), m’a dit « tu peux t’inscrire les yeux fermés ! » Et me voilà arrivée avec mon énorme valise pour ma première édition d’Hôtel Bohême en mars 2014. Je ne te cache pas qu’en arrivant la première fois j’ai eu un peu peur…  dans le sud on commence à avoir pas mal de marchés de créateurs et jeunes marques, le temps aidant ils sont souvent en extérieur, et les organisateurs font souvent de la com’ via flyer et affiches. Là j’arrive devant un hôtel particulier avec juste une affiche indiquant l’entrée, bref pour moi un événement intimiste presque secret, si tu n’es pas au courant tu ne sais pas ce qui se passe à l’intérieur. Hôtel Bohême : À ce moment précis, permets-nous Emma juste de préciser que nous faisons de l’affichage dans le quartier en amont de la vente chez les commerçants qui acceptent notre affiche et que les créateurs parisiens participent à la communication de l’évènement en distribuant des flyers ;)) À ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, cet événement a été une vraie réussite 🙂 Les clients particuliers vraiment intéressés, curieux et plein d’engouement pour mon travail… mais aussi des boutiques qui viennent  dénicher de nouveaux créateurs, comme on peut rencontrer lors de salons pros ! Depuis 2014 je suis venue 3 fois et à chaque fois j’ai retrouvé le même engouement qui est d’ailleurs allé crescendo pour moi.

À travers les différents portraits que nous proposons nous cherchons à faire mieux comprendre qui sont ceux que l’on appelle, depuis quelques années maintenant, des « créateurs ». Quelle réponse donnerais-tu, toi qui es créatrice ?
Emmanuelle : Moi j’ai un peu de mal avec le terme « créateur ». Je me qualifie plus d’artisan, car je n’ai pas inventé la technique de travail, ma formation initiale c’est graphiste, alors au lieu d’avoir comme support le papier ou le web et bien moi j’ai choisi le métal. Comme tous les métiers où tu vis de ce que tu produis, l’affect est vraiment décuplé. Quand je vends un bijou c’est un petit bout de moi que je vends, du coup quand les clients sont enjoués face à mon travail c’est vraiment très chouette, des fois j’en suis même gênée 🙂

Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Emmanuelle : Mes sources d’inspiration c’est avant tout mon quotidien je pense. Je pourrai passer des heures à regarder les gens dans la rue. Les p’tits détails d’une tenue, par exemple, peuvent facilement me donner des idées pour une collection. Après, les voyages me nourrissent aussi beaucoup, j’aimerais tellement en faire plus ! Puis internet est une source inépuisable, Pinterest entre autre, c’est un peu Satan des fois 😉

En dehors de ton travail qu’est-ce qui te passionne ?
Emmanuelle :
Les ami(e)s, le potager que j’ai mis dans des cagettes sur ma terrasse, voyager, puis continuer à apprendre. Ça c’est super important pour moi.
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*Crédit photo : Emmanuelle Saghaar.

Quelles sont tes adresses fétiches à Marseille ?
Emmanuelle :
Alors j’ai des petits rituels, le mercredi matin c’est le marché des paysans au cours Ju (ou Julien pour ceux qui ne sont pas de Marseille), mais qui commence à avoir de la concurrence avec l’épicerie locavor le Pissenlit de la rue Sainte. Manger c’est trop bien, mais bien manger c’est vraiment important !
Le samedi matin c’est Yoga à la plage du Prophète. Puis il y a le marché aux fleurs au métro Réformés, après on peut se boire le p’tit café qui réveille aux Danaïdes.
Le dimanche, avec mon copain, quand on a un peu trop fait la fête la veille, on va se prendre un burger et des frites maison au Burger du panier. On le prend à emporter et on mange dans le Jardin du Mucem. Ils ont mis des petites table de pique-nique c’est trop chouette ! Vue imprenable sur la grande bleue 🙂
J’aime bien aussi quand les toits terrasse de la Friche la Belle de Mai ouvrent au printemps, le couché de soleil est dingo ! Puis les calanques, (je les aime toutes !!!! ) et la forêt de St Pons, mais pas le dimanche il y a trop de monde !
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*Photo N°5 : La plage du Prophète –  Photo N°6 :  Hamburger dans le jardin du MUCEM. – Photo N°7 : Terrasse Friche La Belle de Mai – Photo N°8 : Calanque Sormiou
Crédit photo : Emmanuelle Saghaar.

Puis mon quartier aussi, Vauban, je l’adore : un p’tit village dans Marseille !
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Il y a une vraie vie de quartier. Bref, j’en oublie !… Il ne faut pas toujours croire ce qu’on lit dans la presse, Marseille a ces mauvais côtés mais c’est aussi une ville extraordinaire 🙂

Merci pour ce beau panorama de Marseille, Emma. Comme toutes les bonnes choses ont une fin, il va falloir qu’on se quitte à un moment tu sais 😉 Quel serait ton mot de la fin?
Emmanuelle :
Rien n’est jamais acquis, croisons les doigts pour que ça dure 🙂

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PHOTOS : Juliette Beaupin
INTERVIEW : Mélanie Brument

Rendez-vous le 19 décembre pour le prochain portrait de créateur !