Hôtel Bohême

Rendez-vous de créateur - Paris

3 à 4 fois par an Hôtel Bohême réunit une sélection pointue de créateurs dans un lieu d’exception situé dans le 11e arrondissement de Paris.

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PORTRAIT – Laurie&LesPetitesMains

--15 août 2018--

Bonjour à tous, comment allez-vous ? Aujourd’hui, pour finir l’été en douceur, nous vous proposons de découvrir le travail de Laurie Archambault. Après un diplôme des métiers d’art en reliure à l’école Estienne, Laurie a créé sa marque de papeterie artisanale : Laurie&LesPetitesMains, en 2012. Depuis elle coupe, façonne, massicote, coud, met en presse, des carnets, des cartes, mais aussi des bijoux en origami.

Chez Laurie&LesPetitesMains, vous ne trouverez pas de reliure à spirale ou agrafée à la machine, non, la reliure c’est Laurie qui s’en charge ! Et elle le fait avec le plus grand soin. Ainsi, elle coud selon différentes techniques, colle, travaille également les couvertures de chaque carnet dans différents matériaux : cuir, papier (japonais le plus souvent de chez Adeline Klam),… Sans oublier sa dernière création : des couvertures en bois gravé, découpé au laser. Toutes ces caractéristiques qui font que, de ses petites mains naissent des carnets singuliers. Laurie anime également des ateliers pour petits et grands, afin de transmettre son savoir-faire aux novices comme aux plus avertis. Récemment, elle a déménagéson atelier dans le 7arrondissement de Paris où nous la retrouvons pour ce portrait.

Pendant notre rencontre, Berlioz, le chat, veille…

Hôtel Bohême : Laurie, bonjour et merci de nous accueillir. Cet appartement dans lequel tu vis depuis quelques mois est aussi ton lieu de travail. Tu nous en fais la petite visite commentée ?
Laurie : Il y a un espace dédié à la couture avec le cousoir en bois, ainsi que le petit matériel nécessaire : aiguilles, bobines de fil, chevillettes…

Le cousoir                                                                       Le « petit matériel »

Vous pouvez apercevoir deux presses en fonte ici et là, l’une de petite taille et l’autre de taille moyenne dite « à percussion ». J’ai aussi une belle collection de poids pour les étapes de séchage, ainsi qu’un assortiment de ais en bois. Une pile de buvards. Une pile de macules pour l’encollage.

Presse en fonte et poids

Il y a un plan de travail pour les découpes et la cisaille. Enfin, au centre de la pièce, un grand plan de travail collectif permettant d’accueillir jusqu’à 6 personnes pour les ateliers.

Hôtel Bohême : D’où te vient cette passion pour la reliure et les beaux papiers ?
Laurie : Dès l’âge de 3 ans le papier est le premier support sur lequel il m’a été permis de m’exprimer. D’abord par la peinture et le dessin, puis le découpage et l’écriture. 
Toute petite, je faisais sécher des fleurs et des feuilles que je collectionnais, de cela il m’est resté les trèfles à quatre feuilles, j’en ai plein mon agenda, regardez !


Bref c’est une longue histoire d’amour avec le papier qui m’a menée à la reliure et cet esprit collectionneur sans doute. J’ai véritablement découvert le papier à l’école Estienne, son histoire, sa fabrication, les procédés inventés pour créer des motifs tels que le dominotage, la marbrure, le gaufrage… j’aime en découvrir de nouveaux au fil des jours.

Hôtel Bohême : Et le Japon ?
Laurie : Je rêve de pouvoir y aller un jour, le guide Japan Paper Tour de Julie Auzillon dans le sac à dos.

Hôtel Bohême : À quoi ton nom de marque, Laurie&LesPetitesMains, fait-il référence ?
Laurie : Laurie&LesPetitesMains fait écho à l’expression « les petites mains » très imagée. Elle a plusieurs sens dont un à connotation péjorative. Les petites mains sont celles qui travaillent. J’aime les savoir au premier plan car elles sont aussi importantes que le créateur ou l’artiste.

Encore actuellement la reliure est davantage considérée comme artisanat plutôt qu’un art, hors je trouve que les deux vont de pair dans mon quotidien, c’est véritablement de l’artisanat d’art.

Hôtel Bohême : Ce carnet, là, qui est très beau avec sa couverture en bois gravé, tu nous expliques comment tu le fabriques ?
Laurie : Il y a en amont un travail de dessin et de création d’un motif/graphisme sur Illustrator. J’ai d’abord récupéré des chutes provenant d’usine, ce que je privilégie autant que possible. Ici il s’agit d’un placage en bois de Hêtre.

Autrement j’achète directement le placage, dans le Nord-Est de la France où ce type de bois est très courant. À l’origine il est utilisé en marqueterie et design mobilier. Les décors en bois sont façonnés un par un. Pour des questions de place et de sécurité, je ne possède pas de machine à découpe laser à mon atelier. Il existe des lieux comme TechShop, Usine IO où je peux prototyper, fabriquer mes décors moi-même. Lorsque je dois réaliser plusieurs carnets identiques, je peux donner à faire mes décors dans un atelier de façonnage à Paris (Cutter Design).

Cette vidéo illustre certaines étapes de la fabrication d’un carnet. Il s’agit d’une vidéo montée puisqu’il faut compter beaucoup de temps et de soin pour réaliser un carnet de ce type.

Hôtel Bohême : Penses-tu que dans ton domaine, être à Paris, soit un avantage ou un inconvénient ?
Laurie : Je trouve cela très pratique car j’y trouve tout ce dont j’ai besoin : les outils et matériaux, ainsi qu’une bonne clientèle de professionnels et de particuliers. Ceci dit j’aimerais avoir une plus grande surface ou un rez-de-chaussée mais cela semble démesuré compte tenu des loyers parisiens.

Hôtel Bohême : C’est quoi pour toi être créatrice ?
Laurie : C’est faire découvrir et savoir partager ses réalisations. C’est être libre et indépendante. C’est aussi transmettre.

Hôtel Bohême : As-tu des petites manies, des rituels de travail ?
Laurie : J’aime travailler en musique. Pour la partie conception et réflexion j’ai plutôt besoin de calme. Je ne travaille jamais sans ma montre. Je passe régulièrement par des étapes de to do list à la journée ou de prise de notes et croquis avant la réalisation d’une reliure ou d’un projet.

Hôtel Bohême : Quelle est la partie que tu préfères dans ton travail, et à l’inverse, celle qui te plaît le moins ?                                                                                                            
Laurie : J’aime être dans l’action et me sentir utile, les moments que je préfère sont ceux où j’anime des ateliers collectifs, j’aime bien rencontrer des personnes qui s’intéressent à la reliure et connaître leurs intentions, leurs envies. J’aime bien le papier mais pas la paperasse, même si j’aime le rangement et l’organisation.

Hôtel Bohême : Quels sont tes prochains projets pour ta marque ? Ou as-tu d’autres projets ?
Laurie : J’ai pour projet d’ouvrir les portes de mon atelier en partenariat avec WeCanDoo, dès septembre il y aura plusieurs propositions d’ateliers de reliure au choix en fonction du niveau de chacun, s’adressant à un public de 7 à 107 ans ! Et puis je continue à être programmée par Aude Augais, chez Les Artisans, dans le 16arrondissement, j’y anime aussi des ateliers. J’anime également des séances autour des métiers d’art graphiques tous les mercredis après-midi à la Maison Pour Tous de Ville d’Avray (de 5 à 17 ans). En perspective, quelques ateliers en entreprise/team building avec Merci Louise.

Crédit photo : Laurie Archambault

Enfin je vous réserve une surprise que je dévoilerais à l’occasion de ma prochaine exposition à Hôtel Bohême, c’est en rapport avec la reliure évidemment !… Je ne peux pas vous en dire plus 😉

Hôtel Bohême : Eh bien ! Sacré programme ! On a hâte ! L’évolution de ta marque semble bien maîtrisée. Si c’était à refaire, tu changerais quelque chose ?            
Laurie : Pas spécialement, je tiens simplement compte de mes expériences pour orienter mes choix à venir…

Hôtel Bohême : Tu viens à Hôtel Bohême depuis 2013, quel regard portes-tu sur notre évènement ?
Laurie : C’est un rendez-vous à ne pas manquer, un événement épuré, on y trouve de quoi faire plaisir à chacun, à commencer par soi-même. La sélection est toujours très pensée, chaque créateur a sa place dans un lieu et un quartier où il fait bon vivre. L’univers graphique autour de la communication de l’événement est doux et poétique.

Hôtel Bohême : L’équipe d’Hôtel Bohême me fait te dire qu’elle te remercie 😉 Et en tant que créatrice, qu’est-ce qu’Hôtel Bohême t’a apporté ?
Laurie : Hôtel Bohême a été un tremplin dès le début et de manière croissante. Un vecteur de rencontres entre créateurs, des échanges avec les visiteurs et la possibilité d’avoir des retours immédiats sur mon travail. Cela m’a apporté une visibilité autant sur les réseaux sociaux que sur mon site internet, mais aussi la rencontre de professionnels/boutiques qui m’ont fait confiance et ont passé commande.

Hôtel Bohême : Est-ce que tu utilises des carnets qui ne sont pas réalisés par tes soins ? Si oui, peux-tu nous dire quelles sont tes marques favorites et pourquoi.
Laurie : J’utilise mes carnets lorsqu’ils sont au stade de prototypes. J’utilise également les cahiers lignés et blocs notes, très bon marché de Muji, des carnets inspirants et originaux de l’Imprimerie du Marais en collaboration avec Arjowiggins Creative Papers, les bons vieux carnets de croquis Clairefontaine ou Daler Rowney dans les boutiques de beaux-arts.

Hôtel Bohême : Pour la plupart d’entre nous la rentrée n’est plus très loin. Essayons de rêver encore un peu, parle-nous de l’endroit où tu aimerais aller/retourner.
Laurie : Je rêve de pouvoir aller au Vietnam et partager la culture de mes ancêtres.

Hôtel Bohême : De tes ancêtres ? Tu as donc des origines vietnamiennes ?
Laurie : Oui, ma grand-mère paternelle est vietnamienne du côté de sa maman mais aussi martiniquaise du côté de son père, un beau métissage ! Elle est venue en France toute jeune à cause de la guerre, c’est dans le sud de la France qu’elle a rencontré mon grand-père. Nous avons ce point commun d’avoir une morphologie toute fluette. Elle m’a appris le tricot et la couture tout comme mon autre grand-mère, passionnée de mercerie.

Hôtel Bohême : Tu nous disais travailler en musique tout à l’heure. Parle-nous de ce qui te passionne en dehors de ton travail.         
Laurie :
J’aime la musique, en effet, aller à des concerts, cela me permet de me sortir complètement de mon domaine de création même si la musique est une source d’inspiration. J’aime aussi lire, mais pour cela j’ai besoin de temps pour finir le livre d’une seule traite comme lorsque j’entame une série. J’aime cuisiner, particulièrement des plats asiatiques.

Hôtel Bohême : Est-ce qu’il y a quelque chose dont nous n’avons pas parlé et que tu souhaiterais mentionner dans ce portrait ?
Laurie : Depuis le début de mes études d’art, en parallèle de mon parcours dans l’animation, j’ai toujours cherché à collecter tout type de matériaux pour leur donner une seconde vie, ce qui m’a ouvert à de nombreuses perspectives dans les métiers du livre. L’utilisation du placage de bois en fait partie.

Question arroseur arrosé :
Laurie : Quelle est pour vous l’utilité d’un carnet? Et êtes-vous cuir, papier ou bois ? pourquoi ?
Mathilde : Étant une graphiste orientée très print, je suis très attachée au papier et par instinct j’ai plutôt tendance à noter quelque chose dans un carnet que dans l’application Notes de mon téléphone. Le carnet est vraiment devenu au fil des ans un objet indispensable que j’accumule petit à petit, car il y a toujours une boutique où je vais craquer pour un modèle mais ces carnets restent souvent plusieurs mois sur mon bureau car je n’ose pas encore l’utiliser comme je sais qu’il va vite être abîmé et maltraité. Le carnet a d’abord été carnet de croquis pendant mes études et maintenant il me sert à la fois pour le travail comme carnet de notes, d’idées, d’esquisses pour des projets, que comme carnet de voyages où je raconte mes journées en escapades, un peu comme un journal, ou encore des carnets d’adresses à faire à Paris. Il est plutôt en papier, rarement en cuir et en bois je n’en avais jamais vu avant les tiens Laurie. En bref, c’est un objet pour lequel on craque à l’achat, indispensable au quotidien, agréable à regarder et pour moi qui suis aussi créatrice (aimant la reliure et le papier) passionnant à fabriquer.

Mélanie : Pour ma part j’adore les carnets. Comme Mathilde je suis encore très attachée au papier. Par exemple mon agenda est encore en papier. Ce qui n’est pas toujours très bien compris par mon entourage très « Google Agenda » 😉 Parfois je détourneles carnets, pour en faire des agendas justement. Je peux aussi en acheter avec une couverture très sobre,me permettant de la refaire à base de collages, de peinture, d’illustrations… Mais j’en ai quand même beaucoup que je garde juste pour le plaisir de les avoir. Comme des petits objets précieux. Peut-être parce que quasiment tous ceux que j’ai m’ont été offert. J’ai parfois du mal à les entamer, un peu comme-ci je les gardais pour quelque chose d’important à écrire ou à dessiner. Le comble, c’est qu’à côté de ces beaux carnets j’en ai qui sont constitués de feuilles volantes, avec mes dessins dans tous les sens dessus, que je relie ensuite les unes aux autres, avec une couverture de fortune que je fabrique. Je dirais que je suis plus « papier » parce que, au train où vont les choses, si un jour quelqu’un venait à m’offrir un carnet avec une couverture en cuir, je pense qu’il resterait toute sa vie sur une étagèrele pauvre ! 🙂

Hôtel Bohême : Ton mot de la fin ?
Laurie : « On ne meurt pas d’une overdose de rêve » un joli mantra de Deedee Desneiges

 

Pour retrouver le travail de Laurie&LesPetitesMains
Son Site
Instagram

Interview : Mélanie Brument
Photos : Mathilde Dubois

 

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