Hôtel Bohême

Rendez-vous de créateur - Paris

3 à 4 fois par an Hôtel Bohême réunit une sélection pointue de créateurs dans un lieu d’exception situé dans le 11e arrondissement de Paris.

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PORTRAIT – MÉLANIE ET JULIETTE

--2 septembre 2016--

Bonjour à tous, en cette rentrée tambours battants c’est un portrait un peu particulier que nous vous proposons, puisque nous allons faire… Le nôtre ! 😉 Histoire que vous en sachiez un peu plus sur qui se cache derrière Hôtel Bohême, ce que c’est que de s’occuper d’un évènement comme celui-ci, quelles sont nos autres activités, etc.

Comme il nous semblait assez peu adéquat de nous poser nos propres questions, nous avons répondu à celles que nous ont soumis les créateurs que nous interviewons depuis le mois d’août 2015. Puisque oui, les portraits d’Hôtel Bohême ont un peu plus d’un an déjà  !

Pour ce qui est des photos, elles ont été prises à la fois par nous, Mélanie et Juliette, mais aussi par Pauline à qui nous faisons un petit coucou, sans oublier Xavier J. qui nous a apporté son amicale collaboration.

Allez hop, c’est parti, on s’y colle !  :)

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MONSIEUR PAPIER : Quel est votre parcours ?
Mélanie : Il est un peu long à raconter alors je vais essayer de faire concis au risque de vous ennuyer sinon.
Après mon Bac L j’ai fait une MANAA (Mise à Niveau en Arts Appliqués) puis un BTS Communication Visuelle (option graphisme, édition, publicité). Pour mon projet de fin d’année de BTS j’ai décidé de travailler sur l’identité visuelle d’un petit festival de musique. Comme ça m’a bien plu et que je n’avais pas encore envie d’arrêter mes études, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur la communication au sens large, pensant que la polyvalence pourrait être un atout pour la suite. Je possédais déjà le côté créa, je voulais en voir plus. Et si en plus ça pouvait être dans la culture c’était encore mieux. Et surtout je me disais qu’après 3 années à travailler comme une dingue pour mes précédentes études j’irai bien voir un peu à quoi ressemblait le rythme universitaire. Je n’ai pas été déçue puisque je suis rentrée sur dossier en Licence « Conception et Mise en Oeuvre de Projets Culturels », l’une des rares sections à la fac où tu n’es que 25 et où tu…cravaches ;) Mais bon, on a quand même fait de bonnes soirées aussi. Et puis ça m’a permis de travailler au sein de festivals de musique pendant mes stages et ça c’était vraiment très chouette et très formateur. Après la fac j’ai voulu faire un dernier stage avant de travailler. C’était dans les relations presse, j’ai eu la chance de tomber au bon endroit au bon moment, j’y suis ensuite restée deux ans. Nous travaillions dans la musique et le spectacle vivant. Quand le bureau a fermé, du jour au lendemain, je me suis retrouvée dans la panade car même si je réfléchissais déjà à revenir à la création je ne m’attendais pas à passer par la case chômage alors qu’on parlait plutôt CDI avec mon employeur. J’ai donc accéléré le montage de mon projet, continué de bosser pour certains clients et zou ! Ça c’est fait au fur et à mesure. J’ai monté ma marque Petit à Petit le 1er avril 2008, puis repris Hôtel Bohême en 2012.
Juliette : Après des études de gestion / marketing / communication un peu généralistes, j’ai commencé à travailler dans la communication digitale. Ça a duré quelques années, j’ai à la fois travaillé en agence et chez l’annonceur où j’étais chef de projet web – je gérais la production de sites internet. Les années passant j’ai réalisé que j’avais envie d’autre chose, de créer, de monter mon propre projet. J’ai donc lancé ma marque de décoration « Juliette Beaupin ». En commençant par proposer des chaises vintage que je tapissais, puis des coussins. C’est surtout mon envie de travailler les belles matières et les couleurs qui m’a poussée à me lancer, quand j’ai découvert les tissus que j’utilise pour les chaises et les coussins. Sans oublier quelques cours de couture et de tapisserie pour la technique.
Deux ans après, en 2014, je rejoignais Mélanie à l’organisation d’Hôtel Bohême.

VIRGINIE FANTINO : Je suis curieuse de savoir comment vous avez commencé à travailler ensemble. 

Mélanie : Nous nous sommes rencontrées sur une expo en commun qui s’appelait La Fabuleuse Expo. Nous avons commencé par sympathiser. Et puis à un moment donné, je cherchais quelqu’un pour remplacer Aurélie qui m’aidait alors sur Hôtel Bohême et devait s’en aller. Nous en avons discuté avec Juliette, l’idée a fait son chemin et Juliette a fini par dire banco.

Juliette : Voilà, on se connaissait un petit peu, depuis à peu près un an. J’avais d’ailleurs déjà exposé deux fois à Hôtel Bohême.

LES CURIOSITÉS D’ELIXIR : Comment Hôtel Bohême a vu le jour ? Pourquoi avoir décidé de faire un salon, alors que votre activité doit déjà bien vous occuper.
Mélanie : Hôtel Bohême a vu le jour en 2004, à l’époque c’est une autre équipe qui pilotait le projet. Fin 2011 ils ont informé les créateurs qui participaient à l’évènement qu’ils allaient partir à l’étranger et qu’ils cherchaient quelqu’un pour reprendre. J’ai sauté sur l’occasion car c’était pile poil le bon moment pour moi. Ce projet me permettait de pouvoir concilier mes différentes compétences en parallèle de Petit à Petit et j’avais plein d’idées pour le développer. Il était pour moi un formidable terrain de jeu. J’ai proposé à mon amie Amélie d’unir nos différentes compétences et nous avons ensuite foncé. Notre collaboration a duré un an à peu près car elle a eu une belle opportunité professionnelle qui ne lui permettait plus de continuer Hôtel Bohême.
Juliette : L’idée d’organiser un salon de créateur ne m’avait jamais effleuré l’esprit avant que l’opportunité se présente. À l’époque, mon activité de créatrice ne prenait pas 100% de mon temps. J’ai donc pu délaisser une partie de mon autre activité (à vocation plus alimentaire) pour Hôtel Bohême.
Je n’ai d’ailleurs pas hésité longtemps. C’était une mission qui me correspondait plutôt bien, pour un projet intéressant et plein de potentiel.

ANDRÉE SORANT : Comment est-ce que vous vous répartissez les tâches ?
Juliette : Je gère l’organisation, l’administration et les partenariats, tandis que Mélanie est à la direction artistique et à la communication.
Plus concrètement, je gère les relations avec les créateurs sur les sujets d’organisation (contrat, facturation, infos pratiques, mobilier etc.). Mais aussi les relations avec les prestataires comme le Quartier général, l’équipe de distribution de flyers, la banque, l’assurance (ça arrive aussi !)… Ou encore avec les partenaires de l’évènement. Cela va du traiteur pour le salon de thé sur chaque évènement, au vigneron pour une dégustation de Rosé, en passant par les marques qui souhaitent établir un partenariat avec Hôtel Bohême.

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À cela, s’ajoute la gestion du budget et des finances d’Hôtel Bohême. Sachant que durant le week-end de l’événement, je m’occupe principalement de la caisse centralisée.

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Sur les projets annexes, la répartition peut être un peu différente.
Par exemple, pour les portraits de créateurs, je gère la partie photo et Mélanie la partie interview.

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Et le week-end de l’événement, même si chacune a ses missions, c’est un peu en fonction des disponibilités. On doit être super polyvalentes et très réactives ;)

Mélanie : Comme Juliette vient de le dire je suis à la direction artistique du projet et à la communication. Ce qui est très vaste ! Cela peut aller du fait de réfléchir à l’orientation artistique du projet, être vigilante à ce que les partenaires soient en accord avec notre ligne artistique, jusqu’au choix du scénographe et le suivi du projet proposé par celui-ci. Trouver de nouvelles idées, échanger et voir avec Juliette si c’est réalisable d’un point de vue budgétaire. Ce qu’il y a de bien dans le fait d’être plusieurs, c’est qu’une idée peut devenir encore meilleure lorsque nous en discutons. Et puis, d’autre fois, Juliette est là pour tirer la sonnette d’alarme en me dire : « Non, non Mélanie, là c’est hors budget ! ».
Pour la communication je m’occupe de tout, ça va de la création graphique des différents supports de communication (affiches, flyers,…) et de leur adaptation pour les réseaux sociaux etc, jusqu’aux relations presse, en passant par l’écriture de tous les textes pour Hôtel Bohême (publications sur les réseaux sociaux, textes du dossier de presse, interviews des créateurs, etc). Heureusement, depuis mars dernier, une troisième personne est là en renfort.

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L’autre grande partie de mon travail c’est la sélection des créateurs qui postulent ou que je vais chercher. 
Et enfin je m’occupe aussi de l’implantation des créateurs sur l’évènement en faisant en sorte que tout s’articule bien, pour que le rendu soit harmonieux. Pendant l’évènement, lorsque j’expose mon travail, je suis là en renfort quand Juliette en a besoin, pour répondre aux questions des créateurs, suivre l’installation, discuter avec les créateurs en cours d’édition, etc. Je dois me mettre peu en retrait côté organisation mais je reste disponible pour répondre aux attributions qui sont les miennes. Par exemple, je prends et publie les photos pour les réseaux sociaux, en plus de ce que j’explique un peu plus haut.

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Quand je n’expose pas mon travail, j’aide Juliette à la caisse et nous veillons à tout mettre en œuvre pour le bon déroulement de l’édition.

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Plus largement, je suis à la direction d’Hôtel Bohême avec tout ce que cela implique comme décisions, que je prends souvent après en avoir discuté avec Juliette. 
Je confirme que nous devons être super polyvalentes et très réactives ! ;)

MARIE LÉONETTI : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le fait d’organiser Hôtel Bohême ? Et le moins ?
Mélanie : Le poste que j’ai à Hôtel Bohême répond idéalement à mes attentes pro. Il est un peu taillé sur mesure et j’ai la chance de faire surtout ce qui me plaît. Comme la direction artistique, la sélection des créateurs, la réalisation des visuels et documents de communication, l’écriture des textes (il y a encore quelques années je détestais ça !). Réfléchir à de nouvelles idées aussi et à la direction que peut/doit prendre le projet. 
Ce qui me plaît un peu moins se sont les relations presse, ou quand nous sommes un peu sous l’eau. Le temps passant j’aime de moins en moins ces moments-là. C’est entre autres pour cela que nous avons décidé d’intégrer une troisième personne à l’équipe. Ah oui, et j’allais oublier, le dernier truc vraiment pas rigolo mais qu’il faut bien faire, c’est quand je démarre le samedi de l’évènement en me levant très tôt pour accueillir notre transporteur et faire le chargement avec lui. Soulever des caisses à 8h du mat’ pour moi qui ne suis pas du matin c’est… Comment dire…
Juliette : Organiser un évènement comme Hôtel Bohême nécessite beaucoup de travail, même si vu de l’extérieur ça ne se voit pas forcément  ! Après plusieurs mois passés à préparer une édition, vient le grand jour, celui de l’événement. Et c’est ce qui me plait le plus. C’est la concrétisation, le résultat de notre travail, et la récompense si c’est un succès. C’est le plaisir de voir les clients heureux de leur visite, allant de stand en stand à la découverte des créations proposées. Le plaisir de voir les créateurs dans leur élément, heureux eux aussi, de pouvoir présenter leur travail et d’échanger avec les clients. Ça nous donne en plus le sentiment d’être utiles  !
Tout n’est pas parfait non plus, il y a toujours des petits imprévus, de la gestion de dernière minute, et pas mal de stress quand même. Nous essayons de faire en sorte que cela se voit le moins possible  ;)

KUMO : Comment sélectionnez-vous les marques qui participent à Hôtel Bohême ? 

Mélanie : Comme vous le savez peut-être la plus grosse partie des sélections a lieu entre mi-novembre et janvier. Là nous recevons une quantité considérable (500 en 2016) de candidatures que j’épluche une par une mais que je ne peux malheureusement pas toutes honorer. Le reste de l’année je marche au coup de cœur, tout en faisant attention à ce que ça soit en accord avec nos critères de sélection.

MONSIEUR PAPIER : Comment dénichez-vous de nouveaux créateurs ?
Mélanie : En étant tout le temps connectée sur le web, en lisant des articles, en allant voir ailleurs ce qu’il se passe. En étant attentive aux infos de ceux qui m’entourent aussi. Des heures et des heures pour trouver les petites pépites qui se cachent ici et là et dont on n’a pas encore entendu parler. En fait c’est beaucoup, beaucoup, de travail de trouver des nouveaux talents mais c’est aussi, selon moi, bien plus intéressant que de faire revenir toujours les mêmes créateurs ou de faire de la redite de choses déjà vues chez les voisins.
Juliette : Même si la sélection des créateurs fait partie des attributions de Mélanie, je suis toujours un peu « en alerte » et attentive à ce qui se passe autour de moi. Et quand j’aime le travail d’un créateur, et qu’il me semble intéressant pour Hôtel Bohême, j’en parle à Mélanie.

LES RUBANS DE DÉOTHIE : Quel est votre objectif ? Avez-vous déjà pensé à mettre en place un système de fidélisation des clients de l’Hôtel Bohême et/ou fédérer les relations entre créateurs et clients ? 

Juliette : Sans forcément parler de « Système de fidélisation », nous avons toujours comme objectif de satisfaire la clientèle d’Hôtel Bohême pour lui donner envie de revenir.
Tout d’abord en faisant en sorte d’être irréprochable dans l’organisation de l’événement, de manière à ce que tout le monde passe un bon moment. Nous faisons vraiment notre maximum pour que l’ambiance soit conviviale, qu’à la fois les créateurs et les visiteurs se sentent bien, qu’ils puissent échanger et partager.
Et aussi, en ayant des attentions particulières plus ponctuelles. Par exemple, sur les deux dernières éditions de Noël, nous avons mis en place des « opérations spéciales ». En décembre 2014, il s’agissait d’une heure de « shopping » en petit comité pour nos meilleurs clients. Avec des réductions ou cadeaux de la part des créateurs, et des cadeaux de marques partenaires. Et en décembre 2015, une quarantaine de produits offerts par les créateurs ont été mis en jeu tout au long du week-end pour les clients.
Et assez régulièrement, des goodies Hôtel Bohême (bloc-note, tote-bag, etc.) et petits cadeaux de marques partenaires que nous offrons aux clients à la caisse.
Sachant qu’une bonne organisation et des petites attentions ne sont rien sans une belle sélection de créateurs  :)

MOÉ : Cela fait pas mal d’éditions d’Hôtel Bohême maintenant, vous n’avez jamais pensé à organiser des ateliers  de création pendant une édition Hôtel Bohême ? Ou une journée à part,  spéciale atelier ? 

Mélanie : Si ;) Nous l’avons déjà fait pour notre édition de novembre 2015 à Montreuil. C’était super. Mais nous avons pu le faire car le lieu s’y prêtait bien. Avec notre lieu parisien c’est un peu moins évident mais il n’est pas impossible que nous ayons trouvé une solution de ce côté-là dont vous entendrez bientôt parler ;)
Juliette : C’est vrai que c’est quelque chose qui nous trotte dans la tête depuis un moment. On sent aussi une forte demande  de la part des clients. À Montreuil, nous avions travaillé avec des partenaires locaux : avec le fleuriste Pompon, et Ici Montreuil qui avait apporté une imprimante 3D. Vraiment super  ! À suivre donc…

LES RUBANS DE DÉOTHIE : Nous voyons de plus en plus de marchés de créateurs à Paris et partout en France. Ce sont souvent des marchés qui n’ont pas le même standing qu’Hôtel Bohême (lieu, organisation, communication, choix des créateurs). Alors, seriez-vous partantes pour délocaliser une édition de l’Hôtel Bohême en Bretagne ? Si oui, on vous suit !!! 

Mélanie : Hé hé !… ;) Il n’est pas impossible que nous y ayons déjà pensé, il n’est pas impossible non plus que nous ayons déjà fait des repérages dans une ville super cool près de la Bretagne justement. Mais à l’époque nous n’avons pas trouvé de lieu suffisamment grand, ou suffisamment accueillant pour concrétiser notre projet. Alors nous avons préféré repousser. Puis est venu le projet de Montreuil en 2015. Pour cet hiver, nous travaillons sur une jolie surprise qui nous a été proposée, alors comme nous sommes une petite équipe nous ne pouvons pas être partout. Et comme nous voulons vraiment tout faire de la façon la plus professionnelle possible, nous y allons par étape. Alors peut-être qu’on en reparlera pour 2017 Thibaude et Déotille ? ;) Et merci de vos compliments.

PAMELA LOOPS : Comment voyez-vous Hôtel Bohême demain ? La conquête de la Province ? Des partenariats avec des organisateurs de ventes à l’étranger (Europe) ?
Juliette : Comme le dit Mélanie un peu plus haut, on avance vraiment petit à petit. 2015 a été une grosse année de changement puisque nous avons quitté l’Hôtel particulier du 2ème pour nous installer au Quartier Général dans le 11ème. Nouveau quartier, nouvel espace à investir… Tout en restant à Paris, ça nous a permis de sortir de notre petit confort. Disons que nous voyons l’édition de Montreuil comme l’étape intermédiaire avant la conquête de la Province.
En parallèle, nous avons aussi diverses propositions et des opportunités qui se présentent. Il faut forcément faire des choix ou refuser certaines propositions. Et en accepter d’autres, même si ça ne correspond pas forcément aux plans que nous avions en tête.

JOJO & CO : Et sinon, un tandem de filles est ce que ça se dispute parfois ??? 

Mélanie : Tu crois que le problème c’est vraiment d’être des filles ? ;). Même si on aurait bien aimé qu’un garçon intègre notre équipe lorsque nous cherchions une troisième personne. Et on ne peut pas dire qu’on se dispute. Mais parfois nous ne sommes pas d’accord, ce qui, à mon sens, n’est pas une mauvaise chose. Dans le sens où nous arrivons toujours à en discuter et à trouver un compromis. Le seul truc un peu pénible, parfois, ce sont les périodes de stress où il faut savoir garder son calme pour ne pas créer de tensions.
Juliette : Ce sont en effet les périodes de stress qui sont les plus difficiles à gérer. Mais ce sont plus des tensions que des disputes. On travaille ensemble depuis plus de 2 ans maintenant, on a appris à connaître nos limites respectives 😉

LA TONKINOISE À PARIS : Mélanie, est-ce que, comme d’autres, tu aimerais relier un jour Hôtel Bohême à un lieu physique fixe ?
Mélanie : Que ce soit pour Petit à Petit ou Hôtel Bohême l’idée m’a effectivement bien effleurée l’esprit il y a deux ou trois ans, j’avais même réfléchis à un concept de lieu. Mais pour le moment pas de concrétisation en vue. Il faut dire aussi que je suis fille de commerçante et les années passant j’aime de moins en moins les contraintes du commerce. Et vu comme le commerce se renouvelle en ce moment il vaut mieux bien préparer son projet ! Et puis avec Juliette nous ne sommes pas encore prêtes à lâcher nos autres activités qui nous apportent un peu de respiration. Je crois aussi que je m’amuse plus avec le côté évènement, festif, rendez-vous, de nos éditions. Mais nous verrons…. Il y a 8 ans quand j’ai démarré Petit à Petit je ne savais pas ce que ça donnerait, ni que trois ans après j’organiserai Hôtel Bohême. Alors la suite… Je ne sais pas de quoi elle sera faite.  
Enfin… Si quand même, on peut commencer à vous le dire… Il n’est pas impossible que la surprise qu’on vous réserve pour cet hiver aille un peu dans ce sens ;)

MONOCHROMATIQUES : J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de salons de créateurs (et qu’on croise par conséquent les mêmes exposants de plus en plus fréquemment), comment envisagez-vous de vous distinguer de vos concurrents dans le futur ? 

Mélanie : Ah ça c’est une bonne question ! ;) Tu as tout à fait raison, il y a de plus en plus de propositions. Commençons déjà par te dire un petit peu ce que nous avons l’impression d’avoir déjà fait pour nous distinguer, pour reprendre tes mots. Depuis 2012, notre recette c’est de mélanger des nouveautés, des valeurs sûres et des exclusivités.

Trouver des nouveaux créateurs qui n’ont jamais exposé à Paris demande beaucoup de temps. C’est aussi un risque que nous prenons car nous ne sommes jamais sûres à 100% que cela plaira. Mais nous trouvons ça aussi beaucoup plus amusant et intéressant. Et dans la mesure où nous avons la chance d’avoir une clientèle fidèle nous pensons que notre parti pris de proposer certains créateurs en avant-première nous permet de susciter la curiosité et donner envie à nos clients de revenir édition après édition.

Nous avons aussi ouvert les candidatures à des créateurs étrangers (depuis 2012 ils sont venus de Scandinavie, Hollande, Espagne, Angleterre, et même de Russie). Nous en programmons un peu moins ces derniers temps car nous nous sommes rendues compte que ce n’était pas évident pour des petits créateurs de venir d’aussi loin avec le stock suffisant, de quoi agencer un joli stand, etc. Mais nous n’avons pas envie d’arrêter pour autant car c’est l’une de nos marques de fabrique ;) Il y a aussi beaucoup de créateurs qui viennent du reste de la France. De Marseille à Lille, en passant par Nantes.
Après, nous sommes aussi fidèles à certains créateurs dont nous aimons le travail et l’évolution, qui sont venus dès les premières dates d’Hôtel Bohême. Ils ont aussi leur part dans la réussite de l’évènement. Certains viennent maintenant en exclusivité chez nous.
Nous faisons donc en sorte de trouver le meilleur équilibre entre les créateurs qui viennent depuis longtemps, et les nouveaux. Au risque d’en décevoir certains qui souhaiteraient exposer plus souvent à Hôtel Bohême.
L’autre chose aussi à laquelle nous faisons attention c’est que si l’un des créateurs que nous avons trouvé fait trop d’expos sur Paris eh bien ça nous intéresse moins de le programmer chez nous par la suite, car comme tu le dis il faut se distinguer les uns des autres. Après, comme nous sommes créatrices nous comprenons aussi que les créateurs aient besoin de participer à plusieurs évènements, c’est normal. Mais de temps en temps, nous sommes obligées de prendre des décisions pour la bonne conduite du projet, parfois même à contrecœur. Dire non n’est pas toujours facile, mais nous n’avons pas le choix si nous voulons qu’Hôtel Bohême continue d’évoluer dans le bon sens.

Un autre point majeur qui nous permet de nous différencier des autres ventes, c’est que dès 2012 nous avons accordé beaucoup de place à l’univers de la maison, regroupant la Déco, la Papeterie/Illustration, la Beauté. Pour cela nous avons réduit le nombre de créateurs Mode/Bijoux. C’était un pari risqué au départ mais qui aujourd’hui nous permet, nous semble-t-il, de nous démarquer.

Voilà, sinon eh bien nous faisons très attention à la qualité de ce qui est proposé, nous ne travaillons d’ailleurs qu’avec des créateurs professionnels. Il faut aussi qu’ils produisent localement et en petites quantités. 
Sans oublier que nous sommes l’une des premières ventes, pour ne pas dire la première de ce niveau à Paris, à avoir associé un salon de thé à notre évènement pour le côté convivial et gustatif. Et nous avons depuis 2008 un système de caisse centrale qui fait qu’il y a peu d’argent qui circule sur le site. Ce qui contribue aussi, sans doute, au côté détendu de notre évènement.

Après ce petit topo Isabelle ;), j’ai l’impression qu’on essaie de faire déjà beaucoup de choses pour nous démarquer. Alors il faut bien entendu toujours trouver de nouvelles idées et si nous voulons continuer à faire évoluer le projet il est indispensable de constamment se creuser la cervelle. Sache que de toute façon, avec Juliette, nous nous ennuyons très vite, donc nous faisons en sorte de trouver de nouvelles idées pour nous/vous amuser.

SOPHIE MORILLE : Est-ce que ce projet vous prend beaucoup de temps et comment arrivez- vous à le concilier avec votre travail personnel en plus ? 

Mélanie : Ce projet dévore notre temps tu veux dire ! ;) En fait, depuis la reprise d’Hôtel Bohême en 2012 le projet n’a cessé de grandir, d’évoluer. Il grandi bien mais nous devons être un peu maso avec Juliette car on en redemande toujours un peu, du coup ça nous prend de plus en plus de temps ;). 
Il faut être super organisées et rigoureuses pour arriver à tout faire. Et surtout continuer de nous amuser. Car en plus d’Hôtel Bohême, et de nos marques respectives, nous avons d’autres activités à côté. 
Pour ma part les choses sont assez chronométrées pour essayer de tout mener de front. 
Je travaille principalement à la maison. Tous les matins c’est Hôtel Bohême. Toute seule ou avec Juliette. Nous avons instauré deux matinées par semaine pour travailler ensemble l’une chez l’autre.

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L’après-midi c’est Petit à Petit, ou les autres projets en graphisme ou illustration. Puis re Hôtel Bohême parfois en fin de journée. Suivant les périodes tout ceci peut déborder sur la soirée, voire les week-ends (mais j’essaie d’arrêter de trop déborder, ou alors si je déborde, je pars à la mer le lundi ;)). Et parfois (c’est-à-dire de moins en moins souvent), quand nous avons des petits creux pour Hôtel Bohême, j’essaie de me dégager du temps supplémentaire pour Petit à Petit.

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À cela s’ajoute les allers-retours en Normandie où se trouve mon atelier de sérigraphie. Dans ces cas-là je prends mon ordinateur et je pars travailler quelques jours au vert. J’y délocalise Petit à Petit et Hôtel Bohême en quelque sorte ;)

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Sans oublier la visite à Amos et Nathan dont je m’occupe plusieurs heures par semaines depuis 8 ans.

Juliette : Il s’agit d’arriver à jongler entre nos différentes activités. Cela nécessite d’être très organisée et de savoir gérer son temps et ses priorités. C’est d’autant plus difficile que l’activité d’Hôtel Bohême n’est pas parfaitement répartie sur l’année.
Et c’est pareil quand on est créateurs. Il peut arriver que toutes les commandes arrivent en même temps  !
Aujourd’hui j’ai mon « petit » atelier chez moi.

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Pour avoir testé différents lieux de travail, je me rends compte que je suis plus efficace à travailler chez moi. Cela me permet de perdre moins de temps dans les déplacements. C’est précieux quand on doit jongler entre plusieurs activités.

MARIE LÉONETTI : C’est à la créatrice que je m’adresse : Est-ce que l’organisation d’Hôtel Bohême est enrichissante dans ton travail de créatrice ? Qu’est-ce que cela t’apporte ? 
Mélanie : Tu vas peut-être trouver ma réponse étonnante mais je ne pense pas qu’Hôtel Bohême me soit d’une grande aide par rapport à mon travail de créatrice. Hormis le fait que j’ai la chance de pouvoir y présenter mon travail régulièrement. Quand j’ai repris Hôtel Bohême en 2012, j’ai très vite compris que le projet serait gourmand et que cela s’accompagnerait de moins d’espace pour Petit à Petit. Il a donc fallu faire des choix. C’est pour cela que Petit à Petit n’est plus présent en boutique, par exemple. Je ne le regrette pas car ces deux projets me plaisent autant pour leurs raisons respectives mais il faut parfois que je me bagarre un peu avec le temps pour réussir à tout faire. 24h c’est peu pour une seule journée ! ;) 
Actuellement, le principal avantage de ce rythme pour moi, c’est qu’il me permet de faire plusieurs choses en même temps. Je m’ennuie moins comme ça. C’est sans doute plus fatigant, mais vois-tu par exemple, je n’ai jamais eu pour ambition que Petit à Petit devienne une grande marque, vendue un peu partout etc. Moi ce qui me plaît c’est de m’amuser dans mon travail. Et aussi, il faut bien le dire, de faire un peu ce que je veux, comme je le veux ;).  Avoir différentes activités donne lieu à des journées très chargées et demande une certaine faculté d’adaptation mais ça permet aussi une certaine liberté. La liberté de mener mon travail pour Petit à Petit comme je l’entends, c’est-à-dire à une échelle raisonnable, par exemple, puisque je ne dépends pas uniquement de ma marque pour subvenir à mes besoins.
Juliette : Tout comme Mélanie, je n’ai pas du tout l’impression que l’organisation d’Hôtel Bohême soit enrichissante pour mon travail de créatrice. Quand je travaille pour Hôtel Bohême, je m’y consacre à 100% et j’oublie que je suis aussi créatrice. À l’inverse, c’est enrichissant pour moi en tant qu’organisatrice d’un salon de créateurs, d’être aussi créatrice. Ça permet d’avoir une certaine sensibilité, de mieux comprendre les créateurs. Par contre, je n’expose pas ou très peu à Hôtel Bohême – j’ai du mal à y trouver ma clientèle.

MARIE LÉONETTI : Quelles sont vos sources d’inspiration ? 

Mélanie : Absolument tout. Je suis une grande observatrice, du genre un peu pénible dans le métro à fixer les gens ;)
Juliette : Tout et n’importe quoi  ! Mais plus précisément, ce qui m’a inspiré quand j’ai commencé à faire de la décoration, c’est le travail de ces 3 designers : Harry Bertoia pour le style moderniste, Pierre Paulin pour son utilisation des tissus et des couleurs, Hans Wegner pour le design scandinave et son travail du bois… je serai toujours émerveillée par leurs réalisations  !

MARIE LÉONETTI : Qu’est-ce qui vous procure le plus de plaisir dans votre travail de créatrice ? 

Mélanie : D’arriver à faire aboutir une idée. Le cheminement peut parfois être un peu long mais la satisfaction de trouver un nouveau motif qui me plaise, ça c’est assez génial comme moment. Après, vient l’étape suivante et la petite appréhension « Est-ce que maintenant ça va plaire ? ». Je doute beaucoup dans mon travail alors quand il est bien reçu c’est double ration de joie ! ;)
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Juliette : Elaborer et concevoir a un côté frustrant. J’ai beaucoup d’idées en tête, mais au fur et à mesure, je me rends compte que ce n’est pas réalisable, qu’il y a trop de contraintes. Ou que cela ne correspond pas à l’esthétique que j’imaginais. Alors quand, enfin, j’arrive au résultat final, c’est un grand moment de satisfaction. Ensuite, vient le moment du shooting. J’ai plusieurs fois fait appel à des photographes / stylistes pour des photos de coussins et d’ambiance. C’est vraiment le test ultime (enfin, avant celui des clients bien-sûr;)) et c’est toujours un vrai plaisir de découvrir le résultat.

coussinjuliettePhotos : Hélène Pinaud et Julien Schwartzman

Et pour les chaises c’est un peu différent. Une fois que j’ai réalisé une commande, je m’empresse de l’immortaliser avant de la livrer chez mon client.
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Et parfois même, j’ai droit à une photo des chaises en situation que m’envoient les gentils clients :-)

MONSIEUR PAPIER : Quel est votre moment privilégié pour créer ? 
Mélanie : Disons que je ne suis pas trop du matin ;)
Juliette : Pas de moment particulier, j’ai surtout besoin d’être au calme.

MONSIEUR PAPIER : Comment renouvelez-vous votre inspiration ?
Mélanie : En travaillant et en vivant ! En fait je me rends compte que c’est un peu un mode de vie. Quand une inspiration arrive elle ne prévient pas toujours en amont, alors quand elle est là, vite je la note ou je la dessine ! Parfois aussi juste en me posant et en faisant des petits croquis alors que ça n’était pas prévu. Ça peut donner naissance à de nouvelles choses.

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SOHEM : Vous organisez Hôtel Bohême ensemble, n’avez-vous jamais pensé à créer ensemble ?
Mélanie :
Organiser Hôtel Bohême nous amène à être beaucoup en contact avec Juliette. C’est une vraie collaboration. Alors c’est important en dehors de ça d’avoir nos moments de respiration de façon indépendante.

KUMO : Vous voyez-vous en dehors d’Hôtel Bohême ? 

Juliette : On décide rarement de se voir toutes les deux pour un autre sujet qu’Hôtel Bohême.
Par contre, quand on se voit pour travailler, il arrive souvent que nos conversations dévient sur des sujets plus personnels  😉 Ou si l’on travaille tout un après-midi ensemble, on aime bien terminer sur un petit verre de vin pour nous détendre.
C’est important pour nous de partager un peu plus qu’une activité professionnelle.
Mélanie : Oui, et puis je crois que nous avons aussi en commun ce besoin de respiration pour être contentes de nous retrouver ensuite.

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MY LOVELY THING : Quel est votre passe-temps favori en dehors de votre métier d’artiste créateur… Quand vous avez envie d’autre chose ;) ! 
Mélanie : Manger ! Nan je blague un peu mais j’adore tout ce qui tourne autour de la cuisine : les bons restaus, le bon vin, organiser des dîners, etc… En fait je n’ai pas beaucoup de temps en dehors du travail (mais j’essaie de m’améliorer) alors quand j’en ai, j’aime le passer avec mes amis, ma famille. Depuis cette année j’ai aussi découvert le plaisir de ne rien prévoir. Ça donne souvent lieu à plein de trucs chouettes justement. 
Et puis sortir ! Les concerts, les spectacles, le cinoche, aller au bord de la mer, faire du jardinage sur mes micro bouts de verdure, marcher dans Paris…

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Juliette : Il y a quelques temps j’aurais dit faire les brocantes ou aller chez Emmaüs mais maintenant que mon appartement est meublé et qu’il n’y a pas de place sur les murs, je n’ai plus rien à chercher  !
Sinon, en vrac j’aime : me balader au bois de Vincennes le dimanche matin, déjeuner chez Zen le samedi midi (un bon resto japonais rue de l’échelle), aller au cinéma, les romans policiers de Michael Connelly…
Sinon je suis assez casanière. Même si j’ai toujours du plaisir à sortir ou voir du monde, j’aime aussi beaucoup rester chez moi.
Et quitter un peu Paris pour la campagne ou la mer, pour voir la famille ou les amis. Le Loiret, le Poitou, La Rochelle, Marseille ou Nantes…

KUMO : Quel sera votre prochain voyage ?
Juliette : Je ne sais pas si ce sera mon prochain voyage mais je rêve de partir en vacances dans un petit chalet isolé à la montagne ET au bord d’un lac. En attendant, je me dépayse en suivant ce compte Instagram sur le Colorado, ou celui-ci sur les « cabin ».
Mélanie : Euh… Ben… C’est-à-dire… Je reviens de vacances là, alors les prochaines c’est pas pour tout de suite ;) Par contre j’aimerai vraiment bien retourner au ski. Deux ans que je n’en n’ai pas fait à cause d’un genou qui déconne…

LA TONKINOISE À PARIS : Juliette, j’ai vu tes belles photos du lac Léman et de Parmes sur Insta, quelles autres villes européennes aimerais-tu visiter ?
Juliette : Si je devais en choisir une ce serait Stockholm, où je ne suis jamais allée.
Mais j’ai de plus en plus envie de nature maintenant. De grands espaces, de montagne et de calme !

Notre mot de la fin : 

Mélanie : Pourvu qu’ça dure ! Et aussi MERCI à tous ceux qui nous suivent et qui nous encouragent.
Juliette : Merci de nous suivre et de venir toujours aussi nombreux à Hôtel Bohême !